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Amour, attachement, dépendance affective : comment savoir ce qui nous lie vraiment ?

 » Si j’ai autant de mal à le/la quitter, c’est que je l’aime encore… non ? « 

C’est une question que j’entends régulièrement en cabinet, notamment dans les accompagnements autour des relations, du désir et de la sexualité.

Lorsqu’une relation devient douloureuse, lorsqu’une séparation est envisagée ou déjà engagée, une confusion revient souvent :

si je souffre autant de l’absence de l’autre, c’est bien que je l’aime encore. Et pourtant, ce n’est pas si simple.

Car l’amour et l’attachement ne répondent pas à la même question.

Et cette distinction peut parfois permettre de comprendre pourquoi il est si difficile de quitter une relation, même lorsque l’on sait qu’elle ne nous convient plus.

 

L’attachement : « Est-ce que cette personne est importante pour ma sécurité ? « 

L’attachement est un système profondément inscrit dans notre fonctionnement humain.

Dès l’enfance, il nous pousse à rechercher la proximité d’une personne susceptible de nous protéger, de nous rassurer et de nous aider à réguler nos émotions lorsque nous sommes vulnérables.

À l’âge adulte, ce système continue d’exister.

Nous pouvons rechercher auprès de certaines personnes du réconfort, de la sécurité, de la continuité, de la familiarité et un sentiment d’appartenance.

L’attachement peut donc être extrêmement puissant.

Et surtout, il peut exister sans amour.

On peut être profondément attaché à quelqu’un que l’on n’aime plus.

On peut avoir peur de perdre une personne, souffrir de son absence, ressentir un manque immense… sans pour autant avoir envie de construire ou de poursuivre une relation amoureuse avec elle.

L’attachement pourrait dire :

 » Ne pars pas. Tu comptes pour moi. Tu es une personne connue, familière, importante pour mon équilibre. »

Mais il ne dit pas nécessairement :

 » Je choisis de construire ma vie avec toi.« 

C’est une distinction essentielle.

L’amour : plus qu’un lien qui rassure

L’amour amoureux est plus complexe.

Le psychologue Robert Sternberg propose de le penser à partir de trois composantes : l’intimité, la passion et l’engagement.

L’intimité, c’est la possibilité de se rencontrer réellement : se connaître, se dévoiler, partager une proximité émotionnelle et psychique.

La passion concerne l’élan, l’attirance, le désir, l’excitation de la rencontre.

L’engagement concerne le choix de maintenir et de construire la relation dans le temps.

 

Ces trois dimensions peuvent évoluer.

La passion peut diminuer puis revenir. L’intimité peut s’approfondir.

L’engagement peut être présent alors que le désir est devenu plus discret.

L’amour n’est pas une sensation figée.

Mais il implique quelque chose de particulier : une relation qui se construit dans la rencontre de deux personnes.

Aimer ne signifie pas seulement avoir besoin de l’autre.

C’est aussi pouvoir le rencontrer comme une personne distincte de soi, avec ses désirs, ses limites, ses choix et sa liberté.

Et une relation amoureuse suppose une forme de réciprocité.

Je peux être attaché à quelqu’un qui ne m’aime plus.

Je peux continuer à aimer quelqu’un qui ne m’aime plus de la même manière.

Mais je ne peux pas, seul, construire une relation amoureuse réciproque.

Quand on aime ce que l’autre pourrait devenir:

Il arrive que ce qui nous retient, ce ne soit pas tant la relation telle qu’elle est, mais la relation telle qu’on l’imagine.

Ce n’est pas de la naïveté, c’est de l’attachement. On s’accroche à un potentiel parce qu’on y amis beaucoup d’amour, d’espoir, d’énergie. 

Et parfois, réaliser que l’autre ne se transformera pas comme on l’espérait, ce n’est pas un échec.

C’est peut-être ce moment délicat et souvent douloureux (mais libérateur)où l’on passe du rêve à la réalité.

Et que choisit on d’en faire ?

C’est aussi ce que nous aident à comprendre les recherches sur l’amour. 

Car au fond, amour, désir et attachement ne racontent pas toujours la même histoire !

Trois systèmes qui ne racontent pas exactement la même histoire

Les recherches sur les relations amoureuses ont également permis de distinguer plusieurs systèmes motivationnels : le désir sexuel, l’attirance amoureuse et l’attachement.

Ils peuvent fonctionner ensemble, mais ils ne sont pas identiques.

Le désir sexuel est notamment influencé par les hormones sexuelles, dont la testostérone.

L’attirance amoureuse mobilise fortement les circuits de récompense et de motivation, avec notamment la dopamine.

L’attachement implique différents mécanismes neurobiologiques, parmi lesquels l’ocytocine joue un rôle important.

Il serait toutefois trop simpliste de réduire chacun de ces systèmes à une seule hormone : notre expérience amoureuse est le résultat de mécanismes biologiques, psychologiques et relationnels qui s’entrecroisent.

Ce qui est intéressant, en revanche, c’est que ces systèmes peuvent être dissociés.

On peut désirer quelqu’un sans être amoureux.

Être amoureux sans encore se sentir profondément attaché.

Être attaché à quelqu’un sans ressentir de désir.

Et parfois ressentir les trois en même temps.

Cela permet de comprendre une situation que je rencontre régulièrement en cabinet :

le corps peut continuer à réclamer le lien alors qu’une autre partie de soi sait déjà que l’on ne souhaite plus cette relation.

 

 » Si je souffre autant, c’est que je l’aime encore « 

Pas forcément.

La souffrance d’une séparation peut être liée à de nombreuses choses :

le manque de l’autre,

la perte des habitudes,

la peur de l’inconnu,

la solitude,

la perte d’un projet,

la peur de ne plus être choisi·e,

la blessure narcissique,

ou encore l’activation très forte du système d’attachement.

Et parfois, ce que nous pleurons n’est pas uniquement la personne réelle.

Nous pleurons aussi ce que nous avions imaginé avec elle.

Une histoire.

Un avenir.

Une famille.

Une version de nous-mêmes.

Une promesse.

Une croyance.

C’est aussi pour cela qu’une séparation peut être douloureuse alors même qu’une personne sait, intellectuellement, qu’elle ne souhaite plus poursuivre la relation.

Savoir que l’on veut partir et ressentir le manque de l’autre peuvent parfaitement coexister.

Les illusions et les projections

Dans une relation amoureuse, nous ne rencontrons jamais uniquement l’autre tel qu’il est.

Nous rencontrons aussi ce que nous imaginons qu’il pourrait être.

Nous projetons parfois sur lui ou elle des qualités, des attentes, des espoirs.

Nous pouvons aimer une personne réelle, mais aussi aimer l’histoire que nous racontons autour de cette personne.

Puis vient parfois la désillusion.

La désillusion n’est pas nécessairement la découverte que  » tout était faux « 

Elle peut être le moment où l’écart entre ce que j’avais imaginé et ce qui existe réellement devient impossible à ignorer.

Et cette confrontation peut être particulièrement douloureuse.

Parce qu’elle oblige parfois à renoncer non seulement à une personne, mais à une représentation de l’avenir.

C’est parfois ce deuil-là qui est le plus difficile.

Et la dépendance affective dans tout ça ?

La dépendance affective n’est pas simplement « être très attaché ».

L’attachement est un besoin humain fondamental.

La dépendance affective peut apparaître lorsque le sentiment de sécurité, de valeur personnelle ou d’existence devient excessivement dépendant de la relation et de la présence de l’autre.

« Sans toi, je vais mal » peut alors progressivement devenir :

 » Sans toi, je ne sais plus qui je suis.« 

La relation devient alors le principal moyen de se rassurer, de se sentir aimé·e, désirable, valable ou en sécurité.

On peut rester dans une relation qui fait souffrir non parce qu’elle nous convient encore, mais parce que la séparation semble encore plus insupportable.

C’est une différence essentielle.

Quitter une relation que l’on aime peut être douloureux.

Quitter une relation dont on dépend peut être vécu comme une menace sur soi-même.

Et les deux peuvent évidemment coexister.

Alors, qu’est-ce qui me retient vraiment ?

Peut-être en déplaçant légèrement la question.

Plutôt que :

 » Est-ce que je l’aime encore ? « 

on peut essayer de demander :

 » Qu’est-ce qui me relie encore à cette personne ?

Est-ce du désir ?

De la tendresse ?

De l’admiration ?

De l’intimité ?

Un projet commun ?

Une envie de construire ?

De la peur ?

De l’habitude ?

De la culpabilité ?

La peur d’être seul·e ?

Le besoin d’être rassuré·e ?

La nostalgie ?

L’espoir que l’autre devienne enfin celui ou celle que j’avais imaginé·e ?

Ou simplement le chagrin de perdre quelqu’un qui a profondément compté ?

Ces questions ne donnent pas immédiatement une réponse.

Mais elles permettent parfois de désenchevêtrer ce que nous appelons indistinctement  » amour « 

Car être attaché à quelqu’un ne signifie pas nécessairement vouloir continuer la relation.

Et vouloir quitter quelqu’un ne signifie pas nécessairement ne plus rien ressentir.

On peut aimer et partir.

On peut être attaché et partir.

On peut ne plus aimer et rester.

On peut même aimer quelqu’un et constater que l’amour ne suffit plus à faire une relation vivable.

Peut-être que la question n’est donc pas seulement…

 » Est-ce que je l’aime ? « 

Mais aussi :

« Qu’est-ce qui, en moi, cherche encore à rester ? »

Et surtout :

« Est-ce que ce lien correspond encore à ce que je souhaite construire aujourd’hui ? »

Parce que l’attachement peut nous pousser à maintenir le lien.

L’amour peut nous inviter à rencontrer l’autre.

Mais choisir une relation, c’est encore autre chose : c’est regarder la réalité du lien, au-delà de nos projections et de nos espoirs, et décider si nous voulons encore le construire.

 

Si ces questions résonnent avec ce que vous traversez et que vous souhaitez prendre un temps pour comprendre ce qui se joue dans votre relation, je vous accueille en consultation à Saint-Sébastien-sur-Loire, près de Nantes.

Cet article propose des repères de compréhension et ne vise pas à poser un diagnostic de  » dépendance affective « 

Comprendre Bowlby ou Sternberg peut éclairer, mettre des mots sur des maux.

Mais comprendre ne suffit pas toujours à dénouer ce qui se (re)joue dans le lien. C’est souvent dans un espace à deux, en étant accompagné.e ,que l’on peut, peu à peu, faire la différence entre ce qui relève de l’histoire, de l’attachement, du désir actuel, et de ce que chacun.e souhaite vraiment choisir aujourd’hui.

Chaque histoire relationnelle mérite d’être considérée dans sa singularité.

Prendre RDV (lien sur le titre)

 

Quelques repères bibliographiques

  • Bowlby, J.  Attachement .Vol 1. 1969.
  • Sternberg, R. J.  Le triangle de l’amour: intimité, passion, engagement. 1986

 

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